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La Thématique du mois – La Poésie #2
01/07/2016
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Plutôt que de consacrer notre deuxième article thématique à un personnage emblématique du genre étudié, intéressons-nous, cette fois, à une sélection de trois poètes ayant chacun incarné une forme de vers qui lui est propre.

  • Victor Hugo – La poésie engagée

Dans la forme, Victor Hugo s’approche le plus de ce que l’on appellerait instinctivement de la « poésie » : vers, rimes. Cependant, la poésie pouvait déjà pour lui être écrite en vers ou en prose, elle doit allier mots savants et mots courants, car avant toute chose, la poésie doit être accessible à tous.

Sa poésie sert souvent une cause, ou a une fonction personnelle. Les Châtiments servent à dénoncer les crimes de Louis-Napoléon Bonaparte (notamment le coup d’État du 2 décembre). Ses poèmes servent à redonner la voix aux oubliés, et à dénoncer les crimes perpétrés par les grands, mais dont ils ne souffrent pas. Ce genre de position politique dans ses textes vaudra notamment au poète son fameux exil à Bruxelles puis à Jersey.

Mais ses poèmes sont également célèbres pour la sensibilité avec laquelle il transmet la tristesse qu’il éprouve vis-à-vis de la mort de sa fille aînée. Au travers de ses vers, Victor Hugo permet à ses lecteurs de ressentir le profond chagrin qui le hante, notamment Demain, dès l’Aube.

Victor Hugo reste dans la mémoire de tous un grand auteur, même (et surtout) en dehors de la poésie, et est une source d’inspiration pour de nombreux auteurs d’aujourd’hui, c’est probablement le plus célèbre des trois poètes que nous abordons aujourd’hui.

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »

  • Baudelaire – La prose

Baudelaire est très connue pour l’œuvre de sa vie, Les Fleurs du Mal, en effet ses textes en prose n’ont été publiés qu’à titre posthume. C’est cependant bien sa prose, notamment ses poèmes rassemblés sous le nom Le Spleen de Paris qui vont nous intéresser ici.

Baudelaire s’affranchit ici des rimes, et certains de ses textes semblent presque s’approcher d’une fable en prose. Cependant, on sent encore dans les textes une vraie esthétique de la formule. Ce souci de la formulation et du rythme se ressent très bien à l’oral, ou la ponctuation donne la cadence du texte.

« Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l’action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables. »

Visuellement la découpe en paragraphe a aussi quelque chose de plutôt symétrique et esthétique. Ses textes restent descriptifs et pose un regard sur le monde, l’interrogeant, évoquant des sentiments à l’état brut, et offre un monde clos, complet. Pour Baudelaire, la poésie en prose est plus apte à décrire la sensibilité de la vie moderne, notamment celle de la ville, organique.

Baudelaire est souvent cité parmi les sources d’inspiration de Mallarmé, qui écrivit également en prose. Chacun des poètes que nous abordons en a effectivement inspiré d’autres.

  • Mallarmé – La musicalité avant tout

Pour Mallarmé, le sens n’a pas forcément d’importance lorsque l’on parle de poésie. E qui importe à ses yeux, c’est le rythme, la syntaxe, le vocabulaire, la musique, la richesse des sensations que le texte peut procurer. La poésie devient alors symbolique. À ses yeux, le manque de sens des phrases en elles-mêmes donne du sens à l’ensemble poétique.

« La Poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle. »

Cette esthétique poétique se ressent tout particulièrement dans le Sonnet en X, aussi appelé Sonnet allégorique de lui-même. Il s’agit d’un sonnet ou les rimes sont entièrement fondées sur 2 sonorités : « -ix » et « -or ». Inutile de dire que pour assurer ses rimes, les mots utilisés sont rares et ne révèlent pas tout leur sens à la première lecture, car celle-ci force à faire des allers-retours vers le dictionnaire ! Par contre il est possible dès le départ d’apprécier la clarté du rythme et la musicalité des vers :

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore

(…)

Voilà quelques poètes, dont nous voyons une forte influence aujourd’hui dans le vers international libre : l’engagement au service d’une cause ou afin de révéler les tréfonds de l’être, la prose au service de la musicalité, musicalité pure qui reste l’un des fondements de la poésie. Ces poètes ont permis l’émergence de cette nouvelle forme de poésie, accessibles à tout un chacun. En somme, ces poètes ont formé ce que nous appelons aujourd’hui poésie !

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2 comments

  1. Excellent condensé forcément incomplet sans être réducteur. J’aurais aimé lire une formule lapidaire sur la déviance moderniste privilégiant l’ésotérisme au sens, la facilité au travail, tout en reconnaissant l’importance de la recherche d’une nouvelle poétique.

    1. En soi, les textes de Mallarmé privilégiant la sonorité au sens annonçait peut-être la nouvelle tendance poétique privilégiant l’évocation des sentiments ? Il reste cependant vrai que tout le monde peut écrire de la poésie, mais rares sont ceux qui peuvent se dire poètes.

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