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Lectures pour l’été 2017
24/08/2017
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Les vacances arrivent, enfin du temps pour lire ! C’est pourquoi nous vous proposons chaque semaine une sélection d’ouvrages à glisser dans votre valise !

Semaine du 10 au 16 juillet

« C’étaient des paroles du quotidien, des mots que des gens, dans une relation cordiale, auraient pu s’échanger. La presse l’avait baptisé “Le tueur fou” et moi j’avais une version autre de cet homme. Je n’étais pas dupe, il avait tout intérêt à se montrer aimable et sympathique. Il respirait à mon côté en me souriant la plupart du temps. C’était une étrange vie de couple. La “conjugalité” veut dire exactement se tenir sous le même “joug” comme les bœufs à tirer la charrue. Le joug était lourd à porter, mais au bout du sillon la liberté pour lui et le retour au calme pour moi, alors il fallait s’y tenir. » Témoignage qui prend les apparences d’un huis clos entre un homme en cavale et une femme qui accepte malgré elle de l’héberger quelques jours, Une version des faits revient sur la figure criminelle de Pierre Conty, porteuse des espoirs et désillusions de tout un mouvement libertaire et anarchiste. Récit d’un face à face étonnant, voire déstabilisant, ce texte ne consiste ni en un mea culpa, ni en un jugement, ni encore en une tentative de justification a posteriori de la part de son auteur, mais se focalise sur cette rencontre – et cette intimité – improbable, incertaine, voire électrique et dangereuse entre deux personnalités brutes et sans concession.

« Si je t’avais épousé, j’aurais épousé ta tristesse, elle m’aurait habitée et abîmée. Ton avenir se résumait à moi ; le mien se voulait bien plus exponentiel, je ne t’aurais pas permis d’être heureux. Tu ne l’as pas compris, je pense que tu m’en as voulu, pourtant, je le sais, je n’étais pas faite pour toi. Quand est-ce que l’on comprend que l’on ne s’aime plus ? La vie ne me l’a pas appris, à toi non plus, je crois. » Tout d’abord, il y a l’insouciance de l’amour. Toute sa puissance qui, malgré les anicroches, fait de lui un sentiment invincible. C’est sans compter sur l’usure du quotidien, les rêves qui divergent, les éducations aux antipodes, autant de facteurs qui lézardent le couple. Et après l’éclatement de celui-ci, se retrouver est-il possible ? Tout peut-il s’oublier quand, en plus, l’un semble avoir aimé plus que l’autre ? Douce et terrible autopsie d’un couple qui se fait et se défait sur plusieurs décennies, Le Jour de la Saint-Antoine déroule, de l’innocence à l’amertume, les histoires parallèles et croisées d’un homme et d’une femme à la fois trop proches et trop dissemblables.

« Le Banquet des banquiers ? Vous dites le Banquet des banquiers ? Qu’ils aillent au diable, ces mécréants, ces ordures, ces empoisonneurs de la société et de l’humanité ! Les banquiers, les financiers, les usuriers, la cupidité, l’avarice, la rapacité, le désir sans retenue de l’argent qui commande tout, qui tue, qui viole, qui pille, le capital érigé en idole, qui tyrannise toute la société, toute la vie des hommes, qui les humilie, qui en fait des esclaves, de vulgaires marchandises, qui détruit, qui vole, qui provoque les guerres, les atrocités et tous les cataclysmes, j’appelle cela le fumier du diable, vous m’entendez ? le fumier du diable ! Qu’on chasse les marchands du temple et tous leurs amis les banquiers et le monde ira beaucoup mieux ! » Le monde est-il devenu fou ? L’humanité est-elle en perdition ? Acculé par des lois imbéciles, une voracité de l’argent qui assassine les hommes et la planète, Kanislavski déplore la disparition des valeurs humanistes et cherche en vain à trouver sa place dans un monde qu’il ne comprend plus. En quête de réponses, il entame un voyage initiatique à travers une planète dévastée par le consumérisme et l’industrialisation à outrance. Au cours d’aventures rocambolesques, il fera de nombreuses rencontres, dont un prêtre engagé dans une action révolutionnaire en vue de restaurer la justice et la fraternité. Ses discours captivants incitent le lecteur à réfléchir sur sa propre condition. Dans ce roman kafkaïen, Pascal Debrégeas dresse avec maestria un réquisitoire d’une véracité effroyable contre l’absurdité du genre humain. Dans ce chaos proche de l’apocalypse, existe-t-il encore des raisons d’espérer ?

Semaine du 17 au 23 juillet

« Un long chemin a été parcouru, un chemin cahoteux, semé d’embûches mais le pasteur Tigan a été à la hauteur de la tâche qu’il s’était fixée. La communauté avait enfin repris conscience de ses devoirs. Comme une grande et même famille, cette communauté s’est soudée. Elle affronte ensemble l’adversité et se réjouit ensemble des simples bonheurs de la vie. Vivre à Jarvis, c’est faire partie de cette communauté, d’en accepter les règles et de s’y conformer… » Alors que la dernière représentante de la famille Nelwood vient de s’éteindre, de nouveaux résidents emménagent dans le vieux manoir familial. Une obscure affaire a poussé la famille Emerson à venir s’installer à Jarvis, mais la petite communauté du comté de Mechland ne voit pas cette arrivée d’un bon œil. Ici, les règles imposées par le pasteur ont force de loi et derrière le sombre silence des habitants se murent des secrets plus terribles encore.

« Emporté par une vague ascendante qui lui promettait l’accès au château convoité par tous, le baron Emmanuel soutenu par sa fidèle compagne B, initiale charmante, avait le vent en poupe. Tout semblait lui réussir. Même si les médias favorisaient Stella au sourire carnassier, ne lui accordant que quelques images accompagnées de phrases interro-négatives, il allait, fidèle à sa formule En marche, fendant les foules enthousiastes. Sans doute finirait-on par jeter des roses sur son passage tant la ferveur et l’espoir étaient vifs. On s’attendait presque à ce qu’il marche sur l’eau. Son talent était immense et il avait tout pour plaire. » Avec ces chroniques des derniers mois de la présidence Hollande et d’une campagne électorale qui n’eut assurément rien d’un long fleuve tranquille, Marguerite-Marie Roze donne à l’exercice du commentaire politique des notes légères et insolentes, facétieuses voire exubérantes, qui permettent, comme jamais, de porter un regard plus serein sur les événements. En combinant humour, poésie et ironie, cette œuvre inclassable, qui épingle nos politiques avec toute la puissance de la fantaisie et de la dérision, nous procure une bouffée d’air frais en cette époque marquée par l’inattendu.

« Michel tourne la tête en direction du canapé et est immédiatement interpellé par la pâleur du visage de l’oncle Henri. Son oeil expérimenté lui fait comprendre qu’il y a un problème, et pas des moindres. – Restez où vous êtes, ne bougez plus ! ordonne-t-il aussitôt aux personnes présentes. Il sort de son sac à dos une paire de gants en latex blanc et des chaussons qu’il enfile après avoir retiré ses bottes. Il s’approche d’Henri et constate sa raideur cadavérique. Par acquit de conscience, il tâte son pouls. Son absence ne peut que lui confirmer le décès. Il soulève la couverture et voit alors qu’Henri a reçu une décharge en plein coeur, sûrement d’un fusil de chasse. Il se retourne vers les invités : – Il est mort ! dit-il en en recouvrant le visage de l’oncle Henri avec la couverture. »

passer un bon moment à l’événement organisé par leur oncle à la Palombière se retrouvent maintenant en état de choc face au cadavre de leur hôte. Ils ne comprennent pas les raisons de sa mort. Quel secret cachait Henri, homme honorable, directeur du cabinet du ministre de l’Agriculture, pour en arriver à cette fin tragique ? Qui aurait pu lui en vouloir à ce point ? Et ce n’est là que le début d’une série de meurtres… Après l’affaire Linda, retrouvez Michel Bathelet dans une toute nouvelle enquête trépidante.

Semaine du 24 au 30 juillet : spécial Jeunesse

« Je m’appelle Violette, j’ai sept ans, l’âge de raison, dit-on. Pour moi c’est plutôt l’âge de la déraison, de la liberté et des grandes découvertes… »

Privée de dessert pour avoir trop chahuté avec ses cousines pendant la messe, Violette est réveillée, la nuit venue, par l’orage qui gronde. Malgré cette météo peu rassurante, elle décide de descendre à la cuisine se chercher quelque chose à grignoter, et découvre alors une maison différente. Lorsqu’elle veut regagner sa chambre, elle entend ainsi le son d’une mélodie au loin. C’est là le début d’une grande aventure pour elle, mais aussi pour certains de ses compagnons quotidiens, à la fois magique, terrifiante et riche de rencontres. Et Anne Raynaud de composer un récit où les fées ont un pouvoir sur les rêves…

  • Phoenix de Pier-Luc Poulin (SF / Fantasy)
« Hum, il y a quelques générations, voyant la disparition des leurs, une organisation secrète fut créée. Une organisation qui fut appelée Hinan. Celle-ci fut d’abord fondée en tant que refuge pour les personnes possédant une anomalie. Ce refuge existe toujours et est situé quelque part dans les entrailles du Japon, à un endroit bien caché, loin du regard indiscret des autres. Elle accueille des gens de toutes sortes ayant tous un point en commun. Ils possèdent le chromosome 24. » Yasei Nickols s’est toujours vu rejeté par les gens considérés comme étant « normaux ». Alors que son école accueille Félicia, la fameuse voyante des temps modernes, celle-ci lui annonce que son aura est différente des autres. Doté d’un grand pouvoir, il a le choix entre le bien et le mal, d’autant plus qu’un démon se cache en lui et ne demande qu’à se libérer pour prendre possession de son corps. Arrivera-t-il à le vaincre ? Pier-Luc Poulin nous plonge dans l’univers fantastique et dangereux du jeune Yasei.
« Là, il s’arrête net : accrochée au tronc de son chevet de fortune, une feuille de papier ! Il s’approche : oui, c’est bien une feuille de papier, de couleur brune et noircie d’une écriture faite de lettres bizarres, comme sur les anciens parchemins. Roland hésite puis s’avance encore et il lit, incrédule : “À l’aube d’un nouvel âge, ton âme pénétrera dans un territoire étrange, fait de toute éternité humaine et, pourtant, singulièrement le tien. Tu y vivras les épreuves de ton histoire majeure et tu y connaîtras les altérations du même, entre joies et périls, raison et déraison. Ton désir saura trouver les huit merveilles ambiguës, portes des stases qui enivrent jusqu’aux âmes les plus froides. Tu devras puiser en toi la force de les franchir. Quoi qu’il advienne, ne t’écarte pas de ton chemin, suis les étapes qui te conduiront vers le Nord extrême, aux confins du monde fabuleux. Là, dans l’antre de tous les possibles, sera écrit le mot de ta fin.” » Alice a son Pays des Merveilles, Julius a quant à lui son Altermonde, lieu d’initiation, espace de métamorphoses, de quêtes et de découvertes sur soi, qui s’inspire, sous la plume de S. Tagnani, de grandes références de la culture. Récit épique au sens premier du terme, Virtuelle Apocalypse se double encore d’une réflexion sur les rapports entre réel et imaginaire à l’âge de l’informatique, et compose, en creux et à travers les expériences de son héros et de ses doubles, le cheminement intime d’un adolescent qui se cherche en cet âge si particulier.
Semaine du 31 juillet au 6 août
  • Le Refuge de Marie Ranc (Roman psychologique)
« — Léa… Pauline… Léa… J’ai faim ! Elle sursauta… Elle l’avait oublié, celui-là ! et oublié d’acheter des graines, un peu de riz ferait l’affaire. Elle se versa un autre verre, ça l’aiderait à chasser ses idées noires, ces putains de souvenirs ! Et cet oiseau de malheur qui n’en finissait pas de ressasser leurs prénoms ! Elle finirait par l’étrangler. » Deux fantômes hantent l’existence de Mathilde, le terrible drame qui s’est joué entre elles l’a conduite à se retirer du monde, à vivre en recluse. Cet isolement sera bouleversé par l’irruption de Sonia, une jeune paumée en fuite, et par l’enfant qu’elle porte… Ce petit être auquel Mathilde va s’attacher plus que de raison. Reposant sur un portrait de femme blessée par la culpabilité et en proie à une détresse confinant à la folie, le dernier roman de Marie Ranc prend, au fil des pages, des allures de thriller psychologique passionnant.

« Quoique puisse plaider son époux en faveur de son projet, la jeune femme restait persuadée que cela présentait un risque avéré. Solvann était quasiment le seul à encore posséder une copie papier du livre de l’Agneau, chose qui était interdite depuis bien avant la guerre. Sa volonté de répondre affirmativement à l’étrange rencontre qu’il avait faite dernièrement n’était pas à son goût. Elle avait tenté de le dissuader mais en vain. » Le conflit nucléaire qui a eu lieu à la surface de la Terre a forcé les survivants à vivre dans des abris souterrains. Dans ce monde nouveau, les règles ont bien changé et tout doit être calculé et anticipé afin de s’adapter à ce nouveau climat, sans lumière, sans soleil. Dans cet univers où la pensée est contrôlée, les cerveaux formatés, et le danger de plus en plus imminent, le livre papier de la Communauté de l’Agneau, une organisation secrète résistant aux règles des protectorats de ce monde nouveau, va réveiller l’esprit de rébellion de nos héros et les pousser à monter à la surface de la Terre, au péril de leurs vies… Entre robots, expériences scientifiques et organisation secrète, « Hallunia » a tout d’un roman de science-fiction à l’imagination surprenante.

« J’en viens à Lucie, Maria Luz comme elle aimerait s’appeler. C’est l’Espagnole de la bande. Nous avons tous occulté nos origines, nous les avons nettoyées, lessivées, remodelées à la mode française […]. Lucie, luz de mi vida, est une enfant vive, directe, fantasque, elle m’a toujours plu, dès que je l’ai vue dans son berceau. Dès que ses yeux ont perdu le vague des yeux de bébé, j’ai aimé son regard noir, insondable. Un regard qui, au fil du temps, a exprimé sans détour ses plaisirs et ses déplaisirs, sa sympathie ou son inimitié. » En entrelaçant les voix d’une enfant et de sa grand-mère, qui disent toutes deux leur quotidien, J. Salces compose deux portraits féminins touchants et réalistes, qui cernent les enjeux et défis de ces figures selon leur âge. D’un côté donc, Lucie, jeune fille qui s’ouvre à l’existence et entre dans l’adolescence. De l’autre, Mercédès, à l’automne de sa vie, qui en dresse le bilan tout en conservant un esprit curieux et enthousiaste. Et, de l’une à l’autre, l’écriture sincère et authentique d’une romancière en prise directe avec ses personnages et qui évoque, en filigrane, des destinées de personnages en lien avec les troubles de l’histoire espagnole.

Semaine du 7 au 13 août 2017

  • Sixties de Gwenaëlle Moullec-Le Therisien (Recueil de nouvelles)

« Elle entendit encore du bruit, et le son de quelque chose qu’on racle et qu’on déplace, puis de nouveau les bruits de la nuit qui envahirent la chambre. Ce qui n’était auparavant que le doux sifflement des courants d’air entre les branches des sapins, l’ombre de la forêt, le cri de quelque animal tapi dans la mousse, revêtit tout à coup pour Kate une dimension fantasmagorique effrayante et l’illusion troublante d’un gouffre d’obscurité, là, tout près. […] Elle se recroquevilla contre le petit corps chaud, plaqua ses mains sur ses deux oreilles, et se rendormit difficilement jusqu’aux premières heures de l’aube. Oh, Harper, se disait-elle, qu’as-tu fait ? » Ce que l’on fantasme et ce que l’on dissimule, ces illusions que l’on s’invente et ces secrets que l’on tait… Tous ont à voir avec les pouvoirs de l’imaginaire et les relations que l’on entretient avec le réel et le visible. Tous sont exploités au fil de ces quatre nouvelles qui prennent les voies de l’iconoclaste, et se développent dans un style à la fois souple, intense et intelligent. Joli tour de force donc que ce recueil signé G. Moullec-Le Therisien qui capte, encore, d’une rive à l’autre de l’Atlantique, l’ambiance toute nerveuse des sixties.

« Cette nuit du mois de mai était claire ; la pleine lune brillait de sa plus belle parure or pâle et scintillait pour ses visiteurs. Ils étaient au rendez-vous d’ailleurs, silhouettes fantomatiques se confondant avec les arbres, les arbustes et les haies : ils avançaient dispersés à travers la forêt, silencieux et sur leurs gardes. Parfois, les branches moins entrelacées et enserrées laissaient filtrer un rayon de l’astre nocturne et on pouvait apercevoir en une fraction de seconde des visages masqués aux yeux étrangement brillants, aux membres crispés et pourtant se mouvant avec une agilité précieuse dans ce dédale émeraude. Ces êtres noctambules s’avançaient prudemment jusqu’à la lisière de la forêt. Là, ils stoppèrent tous et leurs yeux se fixèrent sur une vision merveilleuse. À environ 350 pieds, trônait un prince des ténèbres. »

En janvier 1790, fuyant Paris, Laetitia revient sur Angoulême où elle retrouve sa famille. Il lui faudra chercher et sauver son frère Matthieu et sa sœur Camille. En quête perpétuelle, nourrie d’idéaux révolutionnaires, il faudra à la jeune femme prendre en main son propre destin… Épaulée d’une galerie de personnages hauts en couleur, l’héroïne des « Berges du Marais » traverse l’Histoire et les tragédies, mûrit, se cherche, se perd et se trouve enfin, au fil d’une épopée pleine de souffle digne des plus grands romans d’aventures.

« Moi, c’est Alexis. J’ai treize ans. Vous ne me voyez pas mais moi, je vous regarde. Enfin, certains jours. Pas tout le temps. Pas trop souvent, d’ailleurs. Seulement les jours où la Russie, ma terre natale, me manque. Si fort. Si puissamment. Si violemment. Irrésistiblement. » La famille Romanov n’a cessé de susciter l’intérêt de l’opinion générale et de nourrir son imagination. Cette nuit du 16 au 17 juillet 1918 a marqué les esprits tout comme la fin d’une lignée impériale historique. Alexis Romanov, alors âgé de treize ans cette nuit-là, périt avec le reste de sa famille, assassiné par les révolutionnaires russes. De l’au-delà, le jeune tsarévitch s’adresse au lecteur et lui raconte son enfance marquée par la maladie, son éducation avec son précepteur français Pierre Guillard, et cette fameuse nuit destructrice… Sous ses airs de témoignage, ce roman historique magnifiquement mené relate avec une proximité déconcertante la vie du jeune Romanov. Un roman accrocheur qui éveillera la curiosité du lecteur sur cette dynastie mémorable.

Semaine du 14 au 20 août

Dans une Europe contemporaine et cependant uchronique, Tamara, brillante adolescente dont la destinée est dictée par l’indifférence glacée des lois eugéniques de son pays, se voit propulsée au rang de Mère de la Patrie. Comment accepter un tel sort? Comment seulement s’y soustraire? L’avenir est-il dans une fuite aveugle vers un ailleurs inconnu et peut-être pire encore? Ou dans le renoncement? À qui pourra-t-elle se fier? Sa rebelle naïveté ne risque-t-elle pas de l’amener à prendre les mauvaises décisions? À accorder trop hâtivement sa confiance? Mais aura-t-elle seulement une alternative…?

Après La Citadelle des dragons, Isabelle Morot-Sir renoue avec l’imaginaire le plus débridé. Mêlant science-fiction et romance, son envolée d’anticipation se montre effrayante mais résolument entraînante, et saura divertir autant que faire réfléchir un large public.

« Annie se redressa et calmement lui apprit qu’elle était aveugle d’un œil à cause du virus, et que bientôt elle risquait de perdre complètement la vue. Marie resta immobile, bouleversée… Elle était venue dans l’intention de communiquer cette joie qu’elle ressentait à peindre. Elle pensait naïvement apporter un rayon de soleil dans le cœur des malades. En fait, sans le savoir, elle apprenait à peindre à une jeune femme que le destin avait condamnée à la cécité ! Le choc fut terrible, intériorisé, mais elle sortit perturbée de cette séance. » Marie et Annie sont deux femmes en suspens. Ainsi, quand la première, au chômage, tente de donner un sens à son quotidien, la seconde assiste, impuissante, à son propre effondrement sous l’effet de la maladie. Deux femmes qui vont, au hasard du destin, se rencontrer lors d’un atelier créatif et entre lesquelles va se sceller une profonde amitié. C’est cette relation que place Anna Marlen, au cœur de ce récit autobiographique qui relate, dans un style cristallin, une double transformation : celle, terrible, du corps d’Annie ; celle, spirituelle, de Marie qui découvre la part la plus fragile de notre mortelle humanité.

« J’avais fini par maudire mon pays et ne rechercher qu’une chose : le quitter. Fuir, le plus loin possible. Ailleurs, en tout cas. Pourtant, j’avais été élevé dans une famille pleine d’amour et d’affection. Mais comment ce sentiment de désespoir si profond à l’égard de mon pays est-il survenu ? »

Augustin Mansaré nous fait part du rêve commun de nombreux Guinéens : celui de fuir leur pays vers un ailleurs plus sûr. Notre héros est l’un d’eux. Il rêve de meilleurs lendemains et tente ainsi sa chance à l’étranger, dans les pays africains voisins. Malheureusement, il va de déception en déception. C’est alors qu’il réfléchit à ses expériences manquées et en tire certaines conclusions non sans conséquences pour son avenir… Résigné, notre héros tentera-t-il le grand saut vers l’eldorado européen ou américain ? Et si vous lisiez Les Racines du malheur ? Avec cette réflexion sur un ailleurs improbable et illusoire, l’auteur nous confronte, avec réalisme, à la question de l’exil.

Semaine du 21 au 27 août

« Incrédules, les mentors de l’OMLT K4 réalisent rapidement ce qui leur arrive: « On se fait allumer! », crie l’un d’eux. Les binômes se désolidarisent. Plus de cent cinquante cartouches de 5,56 mm sont tirées en quelques secondes, avec un fusil-mitrailleur M249. Des corps tombent sur le sol gelé tandis que le tireur poursuit calmement son sinistre attentat. Les rafales se succèdent et soulèvent de la terre entre les jambes des soldats pris à partie. Tant bien que mal, les blessés essaient de se protéger, immobilisés au sol, loin de tout couvert et… si près de l’assassin. Pour d’autres, il est déjà trop tard. »

Le 20 janvier 2012, un déséquilibré enrôlé au sein de l’armée nationale afghane ouvrait le feu sur des soldats français en plein entraînement sur la base opérationnelle de Gwan. Cinq d’entre eux y laisseront la vie… Si ce massacre incompréhensible a marqué les esprits à l’époque, il n’était pas question de laisser la loi de l’actualité le laisser sombrer dans l’oubli. Mêlant reconstitution et témoignages, l’ouvrage d’Audrey Ferraro est avant tout un hommage aux victimes et aux équipes d’encadrement médical et psychologique. Richement documentée, cette chronique bouleversante s’impose comme un indispensable devoir de mémoire.

  • Yi et Yu de Pascal Debrégeas (Roman sentimental)

« Au comble de la rage et du désespoir, il fut tenté de se jeter par la fenêtre avec son ordinateur. Il avait tellement rêvé de cette femme pendant des nuits entières. Il croyait enfin tenir celle qui détenait les qualités de féminité si rares qu’il cherchait depuis si longtemps. C’était affligeant, c’était consternant. Pourquoi cette malédiction, pourquoi toujours la trahison ? » Yi est une fille somme toute banale et qui a pourtant ouvert une brèche dans le cœur de Yu. Incapable de l’oublier, le jeune homme entame une correspondance avec cette femme singulière. Que veut-elle vraiment ? Le sens de ses mots lui échappe tandis qu’un murmure démoniaque menace l’équilibre de Yu. Folie ou réalité ? Le diable, impitoyable, se loge souvent dans les détails. De l’idylle au désenchantement, Pascal Debrégeas ajoute une corde à son arc en jouant cette fois la carte d’un fantastique à la Todorov. Un roman sentimental d’une autre trempe, aussi génial que troublant.

« — Tu dois mourir dans cinq mois. Dans quatre mois et vingt et un jours, très exactement. C’est ce que prédit Cyriac, notre frère. Celui qui te veut comme femme. — Qui est cet homme et que me veut-il ? Je suis inquiète. De quoi parle-t-il ? De toute façon, ce n’est qu’un rêve. Un rêve comme tous les autres. C’est le produit de mon imagination. Ça ne vient que de ma tête. — Il veut une femme. Je ne vais pas le répéter une autre fois. » Gravement malade et condamnée à mourir, Ophélie peut encore être sauvée. Une nuit, alors qu’elle fait un cauchemar, un être vient lui proposer un marché. Il lui suffit, pour rester en vie, d’accepter de devenir la femme du dieu de la Mort. La vie aux côtés du Mal encourage à la cruauté. Ophélie réussira-t-elle à se libérer de l’emprise infernale de Cyriac, son mari ? Pourquoi l’ombre de sa mère semble planer sur sa destinée ? Femmes de lignée, femme de secrets est le premier roman de fantasy d’Amélie Gélinas.

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