Corps soignant / corps soigné : vers une refonte de l'éthique?
Le Procès des grands criminels de guerre et le procès des médecins à Nuremberg 1946-2006. Questions pédagogiques posées par ces événements par
Sous le direction de Anne-Marie Begué-Simon
Notre avis :
Des articles écrits à l’ombre de l’histoire, dans le souci d’un avenir incertain. Ces textes ici recueillis et prononcés dans le cadre de la commémoration des procès de Nüremberg, disent tous, avec intransigeance et âpreté, la nécessité de repenser la médecine, de réévaluer sa pratique et son enseignement. Tous témoignent avec rigueur du besoin pour elle, science d’un homme qui ne saurait être réduit à un simple être en souffrance, de refonder ses bases morales, ses postulats et ses méthodes, afin de donner le jour à une pratique littéralement humaine, voire humaniste. Des actes qui, espérons-le, ne resteront pas lettres mortes et engagerons une réforme de l’institution médicale.
Résumé :
Le régime nazi a commis l’innommable, s’appuyant sur de nombreux discours, qu’ils soient philosophiques, politiques, mythiques, historiques, anthropologiques… Sur des discours médicaux aussi. Car la médecine a joué un rôle crucial dans la réduction d’une partie de l’humanité au rang de sous-hommes, d’objets de laboratoire et d’expérience, voire même de créatures inutiles et dangereuses pour la perpétuation de la société. Durant la Shoah, la médecine s’est compromise et a perdu toute éthique. Aujourd’hui, soixante ans après la libération des camps et la découverte de l’insoutenable, quelles conclusions retirer de cette période noire ? En quoi cette phase critique de l’histoire médicale peut-elle permettre à cette pratique de repenser ses fondements et poser les jalons d’une nouvelle morale? A l’heure où la génétique apparaît dans toutes ses promesses et ses écueils, ces actes des journées interuniversitaires de juillet 2006 pensent l’avenir à la sombre lumière du passé, invitant à une redéfinition de ce qui signifient l’humain et le vivable pour une science qui doit placer l’éthique au cœur même de sa pratique.
Maître de Conférences des Universités Habilitée à diriger des recherches en Anthropologie département de Santé Publique.
Notre démarche personnelle a commencé en 1975 au milieu d’enfants qui posaient avec acuité le problème du handicap que nous nous sommes efforcé de mieux élucider. Il s’agissait d’enfants polyhandicapés. Les échanges avec les familles ont conduit à un travail audiovisuel afin d’écouter la détresse et le désarroi des parents face à la société.
Dix ans plus tard, nous écrivions un ouvrage ("De l’évaluation du préjudice à l’évaluation du handicap" édité chez Masson), présentant les différentes méthodes d’appréciation du handicap en France, une méthode d’analyse des capacités de la personne en différentes situations de vie et un état des lieux de la politique du handicap en France.
Nous conduisions un travail exploratoire du handicap auprès de plus de 500 personnes en milieu hospitalier et dans le cadre des commissions évaluant le handicap: ce travail nous a montré que le handicap est un phénomène multidimensionnel. Les analyses montraient que la gravité des atteintes se dédouble selon deux échelles, la première étant plutôt liée à la notion de dépendance appelant des compensations familiales et/ou sociales, la seconde étant liée à l’exclusion sociale se traduisant au niveau du statut social de la personne –isolement et filières spécialisées de l’éducation, de la formation et du travail.
Il ressortait de cette étude que la lutte contre la dépendance par le soutien aux familles et la disponibilité de mesures sociales constitue une voie de réduction du désavantage social. L’élucidation des facteurs explicatifs de l’isolement social et de l’orientation vers des filières spécialisées est une autre voie de recherche susceptible de réduire l’exclusion sociale de personnes stigmatisées dans leur manque.
Depuis 2003 au sein du département de la faculté de Médecine de Rennes, nous avons intégré dans les formations un fait historique fondamental quant à la crise de l’éthique médicale révélée, les procès de Nuremberg. La déclinaison des éléments définissant le crime contre l’humanité –atteinte à la singularité de l’être humain et atteinte au principe d’égale appartenance à la communauté humaine– et la réflexion sur les droits internationaux, européens et nationaux nous emblent être une étape pédagogique essentielle afin de penser la médecine, les pratiques scientifiques et médicales à l’échelon individuel et collectif. Du handicap à Nuremberg, le lien est l’humanité dans ses visages multiples qui nous interrogent et nous confèrent la responsabilité de toujours lutter contre toute forme de réification de l’être humain.
Un
coffret cadeau pour éditer son livre, destiné
aux auteurs qui n'ont jamais osé publier...
Offrez-leur
l'édition de leur livre, avec Publibook,
l'éditeur de tous les talents!