Notre avis :
"Tenter un rapprochement de Shakespeare et Nietzsche en utilisant le vocabulaire de Heidegger". Tel est le défi que relève haut la main Pierre Jamet. Si la possibilité d’une comparaison entre l’Anglais et l’Allemand a de quoi surprendre, cette lecture conjointe de l’artiste et du penseur permet à l’auteur de revenir sur l'hétérodoxie de l’un et le classicisme de l’autre. Plus qu’une étude, cet essai autour de "la volonté de joie" nous livre les clefs d’une interprétation riche et aboutie de l’œuvre de deux monstres sacrés.
Résumé :
Shakespeare et Nietzsche partagent certaines problématiques, que l’ouvrage entend articuler selon deux axes: les maîtres et les esclaves, l’art et la terre. Qu’est-ce qu’être noble et qu’est-ce que rester fidèle à la terre? L’enchâssement des formes, le goût du masque, le recours au paradigme de la fête, une pensée secrète du Temps figurent parmi les éléments permettant de délimiter un territoire commun à ces œuvres. Elles évoluent en somme d’une esthétique négative, se jouant des codes et de la règle, à une esthétique entièrement positive qui affirme la règle. L’évolution même de leurs esthétiques semble très comparable et paraît s’achever dans une joie lumineuse liée au caractère artificiel des lois qu’édictent l’artiste et le philosophe législateurs de sensibilité classique.